Stratégie de développement national d’abord (par Lachemi Siagh)

Stratégie de développement national d’abord (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010Depuis quelques mois l’actualité économique est dominée par la question du projet de stratégie industrielle. Un groupe d’experts algériens s’est penché pendant plusieurs mois sur cette question et a livré ses conclusions au gouvernement qui les a formalisées dans un document remis aux partenaires économiques pour discussion à l’occasion des assises sur la stratégie industrielle qui se sont tenues ces jours-ci. Plusieurs parties prenantes se sont plaintes, et à juste titre, de ne pas avoir été associées au processus en amont.

Parler de stratégie industrielle aujourd’hui semble être un anachronisme. Cette question aurait dû être examinée au début des années quatre-vingt avant que le secteur public, qui était alors omnipotent, ne soit démantelé. Une telle stratégie industrielle aurait dû s’inscrire dans un projet de développement national comme cela a été le cas dans les pays asiatiques. Or à ce jour il ne semble pas que l’Algérie ait articulé une stratégie de développement national autour de ses avantages comparatifs et qui serait un préalable à toute stratégie sectorielle. Tout ce que nous savons c’est que l’Algérie a opté pour l’ouverture de son économie et pour la mise en place d’une économie de marché.

S’engager sur la voie de l’économie de marché est un objectif insuffisant. La Chine est en train de faire cela mais a choisi une stratégie nationale basée sur la mise en place et l’expansion d’un secteur manufacturier puissant bénéficiant d’avantages concurrentiels découlant d’une main d’œuvre bon marché et d’économies d’échelle et d’envergure (scale and scope) importantes. L’Inde a mis en place une stratégie de développement national dont le socle est le savoir, le développement des compétences dans les secteurs des services. L’Angleterre, berceau de la révolution industrielle, a carrément abandonné l’industrie qui ne lui fournit plus les avantages comparatifs qui ont fait sa prospérité d’antan. Elle s’est tournée résolument vers la mise en place d’une industrie de service très performante, notamment dans le secteur financier, des assurances, des transports, du tourisme qui font sa prospérité aujourd’hui.

Quelle stratégie de développement national l’Algérie doit-elle adopter ? Voilà la question à laquelle on doit répondre avant de parler de stratégie industrielle. La réponse à cette question serait encore plus facile si nous nous attelions d’abord à mettre de l’ordre dans notre économie. La stratégie de l’Algérie devra consister à favoriser l’émergence d’un secteur privé national puissant à l’image de l’expérience coréenne et à régler définitivement les sempiternels problèmes liés :

– Au secteur financier, à travers l’assainissement du secteur bancaire qui devra être caractérisé par la transparence et la performance et par la mise en œuvre d’une véritable réforme financière en attirant les meilleures compétences nationales et internationales, tout en créant un marché des capitaux digne de ce nom ;
– A l’environnement de l’entreprise notamment l’accès au crédit, l’allègement des charges sociales et fiscales, l’élimination des contraintes bureaucratiques et administratives ;
– Au foncier industriel en permettant aux investisseurs d’accéder à des assiettes de terrain en toute propriété et non plus en concession afin que les bailleurs de fonds puissent prendre les hypothèques nécessaires en contrepartie des crédits qu’ils octroient.

Si les pouvoirs publics concentrent leurs efforts en vue de régler ces trois problèmes, la question du choix de la stratégie industrielle sera plus facile à articuler.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE