L’industrie des services, moteur du développement économique (par Lachemi Siagh)

L’industrie des services, moteur du développement économique (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010L’industrie des services est un secteur à l’état embryonnaire en Algérie. C’est une activité vécu dans l’imaginaire de bon nombre d’algériens comme dégradante, alors que de nos jours requièrent un savoir-faire et un degré très élevé de connaissance.

Les services sont généralement intangibles, invisibles, périssables, requérant une production et une consommation immédiates, alors que les biens sont de nature tangible, visible et entreposable.

L’importance de l’industrie des services dans un pays semble être corrélée avec son niveau de développement. Et à ce titre, elle est révélatrice d’une certaine qualité de vie. Dans notre pays, on continue à privilégier le développement du secteur primaire, à savoir l’exploitation des matières premières, au détriment des activités tertiaires comme le tourisme, les services financiers, les services informatiques, etc.

L’importance de l’industrie des services dans les économies des pays émergents et développés s’accentue de façon notable. Dans les pays occidentaux, le secteur des services contribue pour environ deux tiers au PIB et génère deux tiers des emplois, ce qui est très significatif. Ces chiffres se situent à 20%, au plus, dans le secteur manufacturier.

Selon une étude nord-américaine, il s’agit d’une tendance lourde et observable à l’échelle mondiale depuis bien longtemps. La part des services dans le stock mondial des investissements directs étrangers est passée entre 1990 et 2002 de 50 à 60% pendant que celle du secteur primaire a reculé de 9 à 6%.

Des pays comme les Etats-Unis, la France, l’Espagne ou le Royaume-Uni sont des exportateurs nets de services. Ces pays se caractérisent par des industries du voyage et du transport très développées. Le Royaume-Uni n’est plus le pays industriel qu’il était autrefois, mais sa place financière (la City), son tourisme et les autres industries du service en font toujours un pays puissant et prospère.

Le secteur des services est constitué d’une grande variété d’activités allant du nettoyage à la chirurgie esthétique. Pour simplifier, on peut classer les services en quatre catégories distinctes, à savoir :

– Les services aux consommateurs qui comprennent : le commerce de détail, l’hébergement et la restauration, les arts, les spectacles et les loisirs, le transport, etc.
– Les services gouvernementaux dont: l’éduction, la santé, la distribution de l’eau et de l’électricité, etc.
– Les services aux producteurs, notamment : commerce de gros, entreposage et logistique, services financiers et assurances, call centers, hôtellerie, technologies de l’information, produits culturels, services scientifiques et techniques, gestion d’entreprise, etc.
– Les services stratégiques aux entreprises qui comprennent : conseils juridiques, comptabilité, audit, ingénierie financière, services informatiques, sociétés d’intérim, etc.

Les entreprises de services et en particulier celles qui prestent des services stratégiques aux entreprises constituent un outil extrêmement utile de développement économique. Ces entreprises apportent les changements organisationnels et/ou technologiques appropriés tels : souplesse, différenciation, spécialisation, concentration, réduction de coûts, développement de marchés, etc. Elles contribuent à l’innovation, à l’augmentation de la productivité, à fournir les atouts de la compétitivité et à renforcer la position concurrentielle. Elles permettent aux entreprises de se renouveler constamment et à devenir toujours plus compétitives face à une concurrence accentuée par la mondialisation.

Une forte proportion de cette industrie est orientée vers le savoir et l’innovation. Elle est créatrice d’emplois de qualité et contribue de façon substantielle à la valeur ajoutée de tout le tissu économique.

De nos jours, l’entreprise intégrée qui fait tout est un concept complètement dépassé. Le conglomérat a laissé place à l’entreprise «pure-player» dont le mot d’ordre est le recentrage sur le cœur de métier. Selon cette nouvelle conception, l’entreprise se limite aux activités qu’elle sait faire le mieux. Tout le reste est confié à d’autres prestataires de services externes, lesquels sont mieux équipés en termes d’expertise avec des coûts moindres. Ce phénomène permet à l’entreprise de passer d’une structure de coûts fixes, donc rigide, à une structure de coûts variables à même de réagir efficacement aux cycles économiques. A contre-courant de cette tendance, l’essentiel de nos entreprises continue à tout faire au niveau interne au lieu de recourir aux services et à l’expertise externe.

Ce type d’industrie n’est, par ailleurs, qu’à un stade balbutiant chez nous. La culture des gestionnaires algériens n’a pas encore intégré pleinement cette nécessité. Certains gestionnaires se montrent cigale quand il s’agit d’acquérir des biens d’équipement, mais dès qu’il s’agit de recourir aux activités soft et de conseil afin d’améliorer la productivité ou d’optimiser le financement d’un projet, le comportement fourmi reprend le dessus au grand dam de l’efficacité économique.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE