Diversifier l’économie algérienne (par Lachemi Siagh)

Diversifier l’économie algérienne (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010L’Algérie tire la quasi-totalité de ses recettes en devises des hydrocarbures. Cette situation de dépendance quasi-totale envers le pétrole est économiquement préjudiciable, dangereuse et intenable à moyen et long terme. Cela rend le pays captif et vulnérable au moindre retournement des cours pétroliers. A mesure que les prix des hydrocarbures augmentent, la dépense publique et les importations explosent. Au même moment on assiste à une destruction du tissu industriel et à une dévaluation administrative de la monnaie nationale pour décourager en vain les exportations.

Aujourd’hui les quantités de pétrole et de gaz consommées sont supérieurs à celles découvertes et d’aucuns annoncent l’avènement du déclin du pétrole et du gaz entre 2020 et 2030. Ceci milite donc fortement en faveur de mesures urgentes visant à diversifier l’économie algérienne.

L’Algérie dispose de tous les atouts financier, humain et géopolitique pour le faire. Cependant elle ne dispose pas d’une stratégie bien articulée avec des objectifs clairs quantitatifs et qualitatifs inscrits dans des horizons temporels précis. Elle est aussi inhibée par l’étatisme et le centralisme et la logique du contrôle ancré dans l’ADN de la classe dirigeante, alors que toute stratégie, pour qu’elle réussisse, doit s’appuyer sur le développement d’un secteur privé national puissant pour satisfaire d’abord les besoins nationaux et exporter. L’investissement étranger devant venir comme appoint et non comme l’élément fondamental pour amorcer la diversification et stimuler la croissance économique. D’ailleurs pour bien réussir et pour mieux tirer profit de l’investissement étranger, celui-ci doit avoir à ses côtés un secteur privé national fort. C’est avec un secteur privé national puissant qu’on attire mieux l’investissement étranger et non l’inverse.

Pour que l’Algérie sorte de l’ornière il faut qu’il y ait des centaines de groupes industriels de la taille de Cevital. L’Algérie doit s’inspirer du cas de la Corée du Sud qui à l’indépendance de l’Algérie avait un niveau de développement économique bien inférieur au nôtre. Le gouvernement Coréen avait alors mis en œuvre une politique délibérée et une stratégie visant à promouvoir de petites entreprises comme Samsoung, Daewo, Hyundai, LG pour ne citer que celles-ci et qui sont devenues aujourd’hui les géants mondiaux que nous connaissons. Une seule de ces entreprises, en l’occurrence Samsung, avait un chiffre d’affaire (de 327 milliards de $ en 2013) qui dépasse de loin le Produit intérieur brut (PIB) algérien c’est-à-dire tout ce que notre pays produit y compris son pétrole et son gaz.

L’Algérie doit rapidement mettre fin à cet état de chose en développant des industries exportatrices de biens et de services pour générer des devises afin de se substituer graduellement au pétrole. L’Algérie ne sortira de l’ornière que le jour où le remboursement d’une dette extérieure éventuelle se fera à partir des secteurs qui ont consommé cette dette et non des recettes pétrolières uniquement. Pour arriver à ce stade le chemin à parcourir est long et difficile mais faisable. La Chine qui il y a à peine vingt ans avait des exportations qui ne dépassaient pas les 25 milliards de dollars s’est hissée à la deuxième place mondiale avec 34% du PIB allant à l’exportation. Deux autres minuscules pays méritent d’être cités en exemple à savoir les Pays Bas et la Belgique. Avec seulement une population de 16 et 10 millions d’habitants respectivement, ces deux pays sont classés huitième et onzième. Des petits pays comme ceux-ci qui ont réussi ont essentiellement accès leur développement sur la production de biens et de services à forte valeur ajoutée, c’est-à-dire en se spécialisant dans les secteurs technologiques de pointe.

Si l’économie algérienne doit se diversifier il faut que l’Etat cesse d’être entrepreneur et passer d’une croissance économique extensive, c’est à dire une croissance qui est le résultat d’injection de ressources de l’Etat, par une utilisation massive du budget, à une croissance intensive résultant d’une véritable création de richesse et de valeur par les entreprises. L’Etat n’a jamais rien fait d’autre à part utiliser le budget. Il est grand temps de mettre le peuple au travail et de le responsabiliser. C’est en supprimant l’assistanat et en permettant aux gens de se prendre en main eux-mêmes que l’Algérie sera sur la bonne voie.

Il s’agit donc d’articuler une stratégie de développement national capable de mener à une diversification de l’économie et à réaliser les aspirations du peuple vers un pays développé, fort et prospère dont ils seraient fiers qui assure leur avenir et celui de leurs enfants.
Nous devons concevoir et mettre en œuvre une stratégie de développement national basée sur nos avantages comparatifs. L’Algérie après l’échec de l’étatisme-socialisme avait opté pour l’ouverture de son économie et pour la mise en place d’une économie de marché sans élaborer une stratégie de développement et de diversification de l’économie.

La mise en place d’une économie de marché seulement est un objectif insuffisant en soi. Nous avons le résultat devant nous avec l’économie de bazard qui s’est développée.

La Chine a choisi de mettre en place une économie de marché mais en même temps elle a conçu et mis en œuvre une stratégie de développement nationale basée sur la mise en place et l’expansion d’un secteur manufacturier puissant bénéficiant d’avantages concurrentiels découlant d’une main d’œuvre bon marché et d’économies d’échelle et d’envergure (scale and scope).

Un autre pays, l’Inde, quant à lui, a mis en place une stratégie de développement national basée sur le savoir, le développement des compétences dans les secteurs technologiques et des services. L’Angleterre, première nation à mettre en œuvre la révolution industrielle a carrément abandonnée l’industrie qui ne lui fournit plus les avantages comparatifs qui ont fait sa prospérité d’antan. Elle s’est tournée résolument vers la mise en place d’une industrie de service puissante notamment dans les secteurs financier, des assurances, du transport, du tourisme qui font sa prospérité aujourd’hui.

Quelle stratégie de développement national doit alors adopter l’Algérie afin d’assurer la diversification de son économie ? Cette stratégie qui doit mener à la diversification de l’économie doit découler d’une vision nationale pour l’Algérie qui doit s’articuler autour de trois objectifs économiques. Cette vision privilégiera l’atteinte et le maintien d’un haut niveau de vie, favorisera l’innovation et l’émergence de capacités entrepreneuriales et enfin devra tendre à harmoniser les résultats économiques avec la stabilité financière. Elle doit être basée sur le concept de développement durable, c’est-à-dire satisfaire les besoins de la génération actuelle sans compromettre les besoins des générations futures. Ceci peut être atteint grâce à :

– l’élargissement de la base productive hors hydrocarbure, qui est nécessaire pour assurer la prospérité d’une nation dont la population est en constante croissance. Lorsque la valeur générée par la base productive s’accroit, cela crée des opportunités pour le citoyen moyen et le contraire est vrai. Le concept de développement durable implique que si un élément de la base productive, disons le pétrole ou le gaz s’épuise, il doit être compensé par des investissements au moins équivalents dans d’autres éléments constitutifs de la base productive.
– Le maintien de la stabilité et la mise en œuvre d’une politique d’efficience, sachant que le rythme auquel la valeur de la base productive évolue dépend de la manière dont la stabilité et l’efficience influencent le volume des investissements et les rendements de cet investissement ainsi que de la manière dont la diversification élargi les opportunités.
– La mise en œuvre de la politique de diversification de l’économie qui consiste à se départir du tout Etat et de promouvoir un partenariat fort et harmonieux entre le secteur public et le secteur privé national en vue de diversifier l’économie et de promouvoir la culture de l’efficacité, de l’efficience, de la recherche et de l’innovation.

Concrètement, il s’agit de construire un modèle fondé sur l’avantage comparatif de l’Algérie et Bâtir un système basé sur le partenariat public-privé es. Un système où existe un secteur public économique dans les domaines stratégiques (énergie, transport, eau, infrastructure, etc.) à côté d’un secteur privé fort et prospère. Deux secteurs qui se respectent, se renforcent mutuellement et se complètent.

Pour mettre en œuvre la diversification économique, nous devons au préalable lever un certain nombre d’obstacles et régler les problèmes suivants :

– Ceux du secteur financier, avec la modernisation du secteur bancaire qui devra être caractérisé par la transparence, la performance et la mise en œuvre d’une véritable réforme financière qui soustrait le secteur de l’emprise du politique et de l’usage des injonctions en attirant les meilleures compétences nationales et internationales, et en créant un marché de capitaux digne de ce nom. En favorisant de nouveau l’émergence d’un secteur bancaire privé national dirigé par de vrais banquiers et non des aventuriers, en créant un « level playing field » pour tous les acteurs du secteur bancaire et financier.
– Ceux de l’environnement de l’entreprise dont l’accès au crédit, l’allègement des charges sociales et fiscales, l’élimination des contraintes bureaucratiques et administratives au niveau des impôts et des douanes et la corruption qui est devenu endémique.
– Ceux du foncier industriel en permettant aux investisseurs nationaux d’accéder à des assiettes de terrain en toute propriété et non en concession afin de permettre aux bailleurs de fonds de prendre les hypothèques nécessaires en contrepartie des crédits qu’ils octroient. Les investisseurs doivent avoir accès au foncier à des prix raisonnables et ne doivent pas être considérés comme des spéculateurs immobiliers.
– Enfin, un changement de mentalité est indispensable : l’Etat doit accepter l’existence de deux secteurs publics et privés qui travaillent harmonieusement ensemble dans un esprit de complémentarité et de fertilisation croisée, loin de la domination d’un secteur par rapport à l’autre. Il devra abandonner la logique du tout Etat et du contrôle ainsi que les « idées naïves et dangereuses » d’un patriotisme économique étriqué. Il doit être un catalyseur favorisant la compétition et encourageant les entreprises à augmenter leur performance concurrentielle et non de distributeur de subsides. Il doit améliorer de façon significative l’environnement des affaires, encourager la transparence, créer les organes de régulation et s’assurer que le système judiciaire est impartial, équitable et efficace. A vrai dire, l’Etat doit développer une angoisse et un sens d’urgence au niveau national pour mettre tout le peuple au travail et concevoir et mener le changement vers l’excellence.

Dans la conception et la formulation de la stratégie de développement nous ne devons pas perdre de vue que l’Algérie est un pays dont soixante- dix pour cent de la population a moins de trente ans et que les détenteurs du pouvoir réel sont les générations d’avant l’indépendance. Par conséquent, Il faudra prendre garde à ce que la conception d’une stratégie pour l’Algérie ne soit pas faite par et pour la génération de la machine à écrire qui gouverne l’Algérie aujourd’hui, mais pour la génération des réseaux sociaux comme facebook, twiter, internet, etc., c’est-à-dire la génération du virtuel pour qui il n’y a plus de frontières et qui ne partage pas les mêmes valeurs que leurs grands-parents. .La génération de l’ère du post-matérialisme, de la fin de la ruralité et même de la territorialité. Cela implique un changement radical de perception et de préoccupations. Pour les jeunes, les frontières n’existent plus. Leur approche par rapport à celle de l’ancienne génération quant aux rapports entre homme et femme a changé. Les jeunes se rencontrent de plus en plus via internet qui ne connaît pas de frontières. Ils se marient ainsi de plus en plus ou ne se marient plus du tout. La génération de la machine à écrire ne se reconnaît pas forcément dans les valeurs de la génération internet. Les jeunes d’aujourd’hui adhèrent à de nouvelles croyances et à de nouvelles valeurs en surfant sur internet. La mondialisation y est pour quelque chose. Il faudra donc bâtir une économie diversifiée qui prend en considération les besoins de ces jeunes.

Selon Porter, l’avantage concurrentiel d’une nation est quelque chose qui se construit. Il n’est pas basé, comme on l’a pensé jusqu’ici, sur des facteurs hérités tels la terre, la localisation, les ressources naturelles (énergie et matières premières). En fait, ces facteurs ne sont pas influençables et leur abondance peut même constituer un handicap, voire un frein au développement de l’avantage concurrentiel d’une nation.

Comment alors bâtir son avantage comparatif pour diversifier notre économie ?

Contrairement à l’idée reçue et aux théories économiques anciennes, selon lesquelles l’avantage comparatif d’une nation est basé sur des facteurs hérités, celui-ci en fait se construit. Ces facteurs hérités comme on vient de le dire sont la terre, la localisation, les ressources naturelles (énergie et matières premières), la main-d’œuvre et la taille de la population. Ces facteurs sont passifs et ne peuvent être influencés. En effet, un grand nombre de pays dans le monde, comme la Russie, l’Argentine l’Algérie, le Nigéria et la quasi-totalité des pays africains, disposent de ces facteurs hérités, mais n’ont pu développer un avantage comparatif.

Les pays qui se sont inspirés de cette approche dynamique et ont refusé un développement économique intraverti, instigué par l’Etat, conduit par l’Etat, géré par l’Etat, excluant toute concurrence et faisant fi de ce qui se passe dans le reste du monde, forment les nations développées d’aujourd’hui.
Dans le cadre de notre démarche, nous devons mener une étude approfondie pour déterminer nos facteurs-clés de succès sur lesquels nous devons bâtir cet avantage comparatif. Une nation ne peut être performante dans tous les domaines et donc tout faire. Le bon sens nous dicte déjà les actions suivantes :

– mettre l’accent sur le développement de l’agriculture à l’échelle industrielle et l’agro-industrie afin d’assurer notre autosuffisance alimentaire :
– fabriquer et exporter des produits à forte valeur ajoutée et non des matières premières brutes comme c’est le cas actuellement où l’Algérie exporte ses hydrocarbures à l’état brut et reste confinée dans le cadre de la spécialisation mondiale, au rôle de contributeur au bien être des pays nantis. Dans cette perspective des co-localisations avec des partenaires étrangers peuvent être envisagés.
– Promouvoir et attirer les investissements dans les hautes technologies en partenariat avec les entreprises algériennes du secteur public et privé. Investir notamment dans les nouvelles technologies du numérique ;
– Créer des grappes industrielles et des spécialisations régionales en fonction des données de la demande potentielle régionale, nationale et internationale et des compétences dont on dispose. Ces grappes sont des : «concentrations géographiques d’entreprises interconnectées, de fournisseurs spécialisés, de fournisseurs de services, de sociétés d’industries proches et des institutions associées (universités, agences de standardisation ou associations commerciales) dans des domaines spécifiques qui se concurrencent mais également coopèrent.»

Ces groupements on les trouve par exemple en Californie (Silicon Valley) en informatique.), en Inde à Bangalore (développement de logiciels). On les trouve en Hollande à Rotterdam (logistique), à Paris, France (la mode).

– Nous devons abandonner les secteurs qui ne contribuent pas à l’avantage concurrentiel et dans lesquels d’autres nations sont meilleures que nous. C’est le cas des textiles en particulier. Dans ce contexte l’Etat devra arrêter de subventionner les entreprises déstructurées qui n’ont pas de marché ou ont une technologie obsolète et financer la reconversion professionnelle des travailleurs dans des métiers d’avenir.

– Pour ce qui est des conditions de la demande, l’avantage concurrentiel se renforcera lorsque les consommateurs algériens deviendront de plus en plus exigeants en termes de qualité des produits fabriqués en Algérie et en termes de rapport qualité/prix. Cela poussera les entreprises à améliorer sans cesse leur compétitivité à travers la recherche et le développement et à adopter les stratégies génériques les plus appropriées.

Un autre facteur, à savoir les industries de support connexes, est fondamental en ce qui concerne le développement de l’avantage concurrentiel. Il s’agit de mettre en place un tissu très dense de PME. Ces PME peuvent revêtir différentes formes : il y a celles dont les activités sont reliées aux grandes entreprises qui se spécialisent dans la sous-traitance. Il y a les PME qui produisent pour une wilaya, celles qui produisent pour le marché national, les PME exportatrices, celles à vocation régionale ou de haute technologie. Celles qui contribuent à la construction de l’avantage concurrentiel devront être favorisées. Nous devons investir massivement pour l’avènement de millions de PME dans les nouvelles technologies. Cela est possible en adaptant une fiscalité appropriée et en mettant en œuvre des mécanismes de financement comme le capital-risque.

Par ailleurs, l’élément-clé de ces industries de support, est l’existence d’un système financier et bancaire performant, la disponibilité d’informations statistiques, économiques et financières fiables et, enfin, une industrie de service, en particulier de communication, performante. Il est inutile de souligner la carence de l’Algérie dans ces domaines et d’insister sur la priorité à accorder à la réhabilitation de ces activités de support.
– Pour ce qui est des conditions de facteurs ou facteurs spécialisés, comme la main-d’œuvre qualifiée et l’infrastructure, nous avons un énorme rattrapage à faire. Le programme de relance du Président de la République a mis l’accent sur le développement des infrastructures. Ce programme aurait dû permettre la création de champions nationaux dans le domaine de l’ingénierie, de la construction et de la gestion des ouvrages à travers la création de partenariats. Hélas nous constatons que c’est loin d’être le cas. En effet, le programme d’investissement du Président de la République dans l’infrastructure ne découle pas d’une stratégie de développement nationale délibérée visant à développer un avantage comparatif pour l’Algérie.

Dans la recherche de notre avantage comparatif, l’industrie des services constitue un moteur de développement et de diversification économique conséquent. Les services sont généralement perçus comme intangibles, invisibles, périssables, requérant une production et une consommation immédiates, alors que les biens sont de nature tangible, visible et entreposable.

L’industrie des services prend une importance de plus en plus importante dans les économies des pays avancés. L’importance de l’industrie des services dans un pays semble être corrélée avec son niveau de développement. Et à ce titre, elle est révélatrice d’une certaine qualité de vie. Dans notre pays, nous continuons à privilégier le développement du secteur primaire, à savoir l’exploitation des matières premières, au détriment des activités tertiaires comme le tourisme, les services financiers, les assurances, la santé/médecine, les services informatiques, etc. Le déploiement de ces derniers nécessite un niveau de qualification de plus en plus élevé.

Dans les pays occidentaux, le secteur des services contribue pour environ deux tiers au PIB aujourd’hui et génère deux tiers des emplois, ce qui est très significatif. Le secteur manufacturier a perdu sa place prépondérante d’antan pour ne représenter que 20%, dans le meilleur des cas. Selon une étude nord-américaine, il s’agit d’une tendance lourde et observable à l’échelle mondiale.

Des pays comme les Etats-Unis, la France, l’Espagne ou le Royaume-Uni sont des exportateurs nets de services. Ces pays se caractérisent par des industries du voyage et du transport très développées. Le Royaume-Uni n’est plus le pays industriel qu’il était autrefois, mais sa place financière (la City), son tourisme et les autres industries du service en font toujours un pays puissant, (la cinquième puissance économique mondiale).

Le secteur des services est constitué d’une grande variété d’activités allant du nettoyage à la chirurgie esthétique. Pour simplifier, on peut classer les services en quatre catégories distinctes, à savoir :

– Les services aux consommateurs qui comprennent : le commerce de détail, l’hébergement et la restauration, les arts, les spectacles et les loisirs, le transport, etc.
– Les services gouvernementaux dont: l’éducation, la santé, la distribution de l’eau et de l’électricité.
– Les services aux producteurs, notamment : commerce de gros, entreposage et logistique, services financiers et assurances, call centres, hôtellerie, technologies de l’information, produits culturels, services scientifiques et techniques, gestion d’entreprise.
– Les services stratégiques aux entreprises qui comprennent : conseils juridiques, comptabilité, audit, ingénierie financière, services informatiques, sociétés d’intérim, etc.

Les entreprises de services et en particulier celles qui prestent des services stratégiques aux entreprises constituent un outil extrêmement utile de développement économique. Ces entreprises apportent les changements organisationnels et/ou technologiques appropriés tels : souplesse, différenciation, spécialisation, concentration, réduction de coûts, développement de marchés, etc. Elles contribuent à l’innovation, à l’augmentation de la productivité, à fournir les atouts de la compétitivité et à renforcer la position concurrentielle. Elles permettent aux entreprises de se renouveler constamment et à devenir toujours plus compétitives face à une concurrence accentuée par la mondialisation.

Une forte proportion de cette industrie est orientée vers le savoir et l’innovation. Elle est créatrice d’emplois de qualité et contribue de façon substantielle à la valeur ajoutée de tout le tissu économique.

De nos jours, l’entreprise intégrée qui fait tout est un concept complètement dépassé. Le conglomérat a laissé place à l’entreprise «pure-player» dont le mot d’ordre est le recentrage sur le cœur de métier. Selon cette nouvelle conception, l’entreprise se limite aux activités qu’elle sait faire le mieux. Tout le reste est confié à d’autres prestataires de services externes, lesquels sont mieux équipés en termes d’expertise avec des coûts moindres. Ce phénomène permet à l’entreprise de passer d’une structure de coûts fixes, donc rigide, à une structure de coûts variables à même de réagir efficacement aux cycles économiques. A contre-courant de cette tendance, l’essentiel de nos entreprises continue à tout faire au niveau interne au lieu de recourir aux services de la sous-traitance et à l’expertise externe.

Ce type d’industrie n’est, par ailleurs, qu’à un stade balbutiant chez nous. La culture des gestionnaires algériens n’a pas encore intégré pleinement cette nécessité. Certains gestionnaires sont volontaires lorsqu’il s’agit d’acquérir des biens d’équipement, mais dès qu’il s’agit de recourir aux activités de conseil afin d’améliorer la productivité ou d’optimiser le financement d’un projet, le comportement frileux reprend le dessus au grand dam de l’efficacité économique. Il faut dire que l’hostilité que nourrissent les tenants du « patriotisme économique » vis-à-vis des cabinets conseil et des actifs intangibles dissuade les gestionnaires.

En matière de services, l’Algérie connaît une très grande pénurie en expertise et en main-d’œuvre qualifiée. L’avenir d’un pays dépend de la qualité de ses hommes. Les pays qui ont réussi, bien que ne disposant pas de matières premières, sont ceux qui ont investi massivement dans l’éducation. Devant nos carences en savoir, en savoir-faire et en savoir-être, la priorité des priorités est de revoir de fond en comble le système d’éducation, la qualité et la rémunération des enseignants. Les hommes de demain qui sortiront l’Algérie du sous-développement devront être formés, éduqués et cultivés. Pour ce faire, l’Algérie devra investir le gros de ses ressources et toute son énergie dans l’éducation de haute qualité, à travers la création de grandes écoles et de centres d’excellence axés sur la recherche et les préoccupations et besoins de la nouvelle économie.

En matière de relations économiques internationales, notre stratégie de diversification économique doit prendre en considération le fait que le monde n’est plus ce qu’il était. Il y a eu un déplacement de la puissance économique et financière vers l’Asie et le Moyen Orient en particulier. Les fonds souverains de cette région à titre d’exemple sont devenus des acteurs importants avec une puissance de frappe de trois trillions d’Euros au moment où la dette souveraine risque de faire éclater l’Europe dont certains pays sont en situation de quasi faillite. De même la perte de la suprématie économique et technologique américaine s’accélère. La suprématie du dollar est de plus en plus contestée par la chine et d’autres pays. L’émergence de ce qu’on appelle les BRICS, c’est -à- dire, Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud en tant que futures puissances se confirme. En conséquence de cela nous devons changer notre grille de lecture du monde car le monde a changé et connaît de nouvelles recompositions. Dès lors il devient impératif de réorienter nos intérêts vers les pays d’avenir qui sont les BRIKS et l’Allemagne en particulier.

En conclusion, la mise en œuvre de cette démarche devra faire sortir le pays de la logique de la rente et de son rôle de pourvoyeur de matières premières dans lequel le confine la spécialisation mondiale. La diversification de l’économie vise à transformer l’Algérie à l’horizon 2025 en un pays émergent prospère avec un haut niveau de vie, et qui n’est plus entièrement dépendant des hydrocarbures. Elle doit conduire à la résorption des disparités régionales, des écarts entre les classes sociales et redonner de la dignité et de l’espoir à tout un pays.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE

Stratégie de développement national d’abord (par Lachemi Siagh)

Stratégie de développement national d’abord (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010Depuis quelques mois l’actualité économique est dominée par la question du projet de stratégie industrielle. Un groupe d’experts algériens s’est penché pendant plusieurs mois sur cette question et a livré ses conclusions au gouvernement qui les a formalisées dans un document remis aux partenaires économiques pour discussion à l’occasion des assises sur la stratégie industrielle qui se sont tenues ces jours-ci. Plusieurs parties prenantes se sont plaintes, et à juste titre, de ne pas avoir été associées au processus en amont.

Parler de stratégie industrielle aujourd’hui semble être un anachronisme. Cette question aurait dû être examinée au début des années quatre-vingt avant que le secteur public, qui était alors omnipotent, ne soit démantelé. Une telle stratégie industrielle aurait dû s’inscrire dans un projet de développement national comme cela a été le cas dans les pays asiatiques. Or à ce jour il ne semble pas que l’Algérie ait articulé une stratégie de développement national autour de ses avantages comparatifs et qui serait un préalable à toute stratégie sectorielle. Tout ce que nous savons c’est que l’Algérie a opté pour l’ouverture de son économie et pour la mise en place d’une économie de marché.

S’engager sur la voie de l’économie de marché est un objectif insuffisant. La Chine est en train de faire cela mais a choisi une stratégie nationale basée sur la mise en place et l’expansion d’un secteur manufacturier puissant bénéficiant d’avantages concurrentiels découlant d’une main d’œuvre bon marché et d’économies d’échelle et d’envergure (scale and scope) importantes. L’Inde a mis en place une stratégie de développement national dont le socle est le savoir, le développement des compétences dans les secteurs des services. L’Angleterre, berceau de la révolution industrielle, a carrément abandonné l’industrie qui ne lui fournit plus les avantages comparatifs qui ont fait sa prospérité d’antan. Elle s’est tournée résolument vers la mise en place d’une industrie de service très performante, notamment dans le secteur financier, des assurances, des transports, du tourisme qui font sa prospérité aujourd’hui.

Quelle stratégie de développement national l’Algérie doit-elle adopter ? Voilà la question à laquelle on doit répondre avant de parler de stratégie industrielle. La réponse à cette question serait encore plus facile si nous nous attelions d’abord à mettre de l’ordre dans notre économie. La stratégie de l’Algérie devra consister à favoriser l’émergence d’un secteur privé national puissant à l’image de l’expérience coréenne et à régler définitivement les sempiternels problèmes liés :

- Au secteur financier, à travers l’assainissement du secteur bancaire qui devra être caractérisé par la transparence et la performance et par la mise en œuvre d’une véritable réforme financière en attirant les meilleures compétences nationales et internationales, tout en créant un marché des capitaux digne de ce nom ;
– A l’environnement de l’entreprise notamment l’accès au crédit, l’allègement des charges sociales et fiscales, l’élimination des contraintes bureaucratiques et administratives ;
– Au foncier industriel en permettant aux investisseurs d’accéder à des assiettes de terrain en toute propriété et non plus en concession afin que les bailleurs de fonds puissent prendre les hypothèques nécessaires en contrepartie des crédits qu’ils octroient.

Si les pouvoirs publics concentrent leurs efforts en vue de régler ces trois problèmes, la question du choix de la stratégie industrielle sera plus facile à articuler.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE

L’industrie des services, moteur du développement économique (par Lachemi Siagh)

L’industrie des services, moteur du développement économique (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010L’industrie des services est un secteur à l’état embryonnaire en Algérie. C’est une activité vécu dans l’imaginaire de bon nombre d’algériens comme dégradante, alors que de nos jours requièrent un savoir-faire et un degré très élevé de connaissance.

Les services sont généralement intangibles, invisibles, périssables, requérant une production et une consommation immédiates, alors que les biens sont de nature tangible, visible et entreposable.

L’importance de l’industrie des services dans un pays semble être corrélée avec son niveau de développement. Et à ce titre, elle est révélatrice d’une certaine qualité de vie. Dans notre pays, on continue à privilégier le développement du secteur primaire, à savoir l’exploitation des matières premières, au détriment des activités tertiaires comme le tourisme, les services financiers, les services informatiques, etc.

L’importance de l’industrie des services dans les économies des pays émergents et développés s’accentue de façon notable. Dans les pays occidentaux, le secteur des services contribue pour environ deux tiers au PIB et génère deux tiers des emplois, ce qui est très significatif. Ces chiffres se situent à 20%, au plus, dans le secteur manufacturier.

Selon une étude nord-américaine, il s’agit d’une tendance lourde et observable à l’échelle mondiale depuis bien longtemps. La part des services dans le stock mondial des investissements directs étrangers est passée entre 1990 et 2002 de 50 à 60% pendant que celle du secteur primaire a reculé de 9 à 6%.

Des pays comme les Etats-Unis, la France, l’Espagne ou le Royaume-Uni sont des exportateurs nets de services. Ces pays se caractérisent par des industries du voyage et du transport très développées. Le Royaume-Uni n’est plus le pays industriel qu’il était autrefois, mais sa place financière (la City), son tourisme et les autres industries du service en font toujours un pays puissant et prospère.

Le secteur des services est constitué d’une grande variété d’activités allant du nettoyage à la chirurgie esthétique. Pour simplifier, on peut classer les services en quatre catégories distinctes, à savoir :

- Les services aux consommateurs qui comprennent : le commerce de détail, l’hébergement et la restauration, les arts, les spectacles et les loisirs, le transport, etc.
– Les services gouvernementaux dont: l’éduction, la santé, la distribution de l’eau et de l’électricité, etc.
– Les services aux producteurs, notamment : commerce de gros, entreposage et logistique, services financiers et assurances, call centers, hôtellerie, technologies de l’information, produits culturels, services scientifiques et techniques, gestion d’entreprise, etc.
– Les services stratégiques aux entreprises qui comprennent : conseils juridiques, comptabilité, audit, ingénierie financière, services informatiques, sociétés d’intérim, etc.

Les entreprises de services et en particulier celles qui prestent des services stratégiques aux entreprises constituent un outil extrêmement utile de développement économique. Ces entreprises apportent les changements organisationnels et/ou technologiques appropriés tels : souplesse, différenciation, spécialisation, concentration, réduction de coûts, développement de marchés, etc. Elles contribuent à l’innovation, à l’augmentation de la productivité, à fournir les atouts de la compétitivité et à renforcer la position concurrentielle. Elles permettent aux entreprises de se renouveler constamment et à devenir toujours plus compétitives face à une concurrence accentuée par la mondialisation.

Une forte proportion de cette industrie est orientée vers le savoir et l’innovation. Elle est créatrice d’emplois de qualité et contribue de façon substantielle à la valeur ajoutée de tout le tissu économique.

De nos jours, l’entreprise intégrée qui fait tout est un concept complètement dépassé. Le conglomérat a laissé place à l’entreprise «pure-player» dont le mot d’ordre est le recentrage sur le cœur de métier. Selon cette nouvelle conception, l’entreprise se limite aux activités qu’elle sait faire le mieux. Tout le reste est confié à d’autres prestataires de services externes, lesquels sont mieux équipés en termes d’expertise avec des coûts moindres. Ce phénomène permet à l’entreprise de passer d’une structure de coûts fixes, donc rigide, à une structure de coûts variables à même de réagir efficacement aux cycles économiques. A contre-courant de cette tendance, l’essentiel de nos entreprises continue à tout faire au niveau interne au lieu de recourir aux services et à l’expertise externe.

Ce type d’industrie n’est, par ailleurs, qu’à un stade balbutiant chez nous. La culture des gestionnaires algériens n’a pas encore intégré pleinement cette nécessité. Certains gestionnaires se montrent cigale quand il s’agit d’acquérir des biens d’équipement, mais dès qu’il s’agit de recourir aux activités soft et de conseil afin d’améliorer la productivité ou d’optimiser le financement d’un projet, le comportement fourmi reprend le dessus au grand dam de l’efficacité économique.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE